J.-L. Léger : « Nous ne sommes pas prêts à intégrer l’inédit dans le quotidien »

Le Ceser (conseil économique, social et environnemental) de Normandie publiait fin 2019 un rapport intitulé : « Vivre en Normandie en 2040, l’heure des choix ». Un exercice prospectif qui prend aujourd’hui un sens tout particulier à l’heure ou « l’inédit devient notre quotidien », résume le président de l’institution régionale, Jean-Luc Léger.

Le Ceser a publié en fin d’année dernière un rapport prospectif imaginant les défis à relever en 2040 en Normandie. Aviez-vous, dans vos différentes hypothèses, envisagé un scénario tel que celui que nous connaissons actuellement ?

Il faut d’abord rappeler que le Ceser dispose depuis 2001 d’une commission prospective. C’est cette culture spécifique, ces méthodes éprouvées qui ont aboutie en décembre 2017 à un premier constat : celui du risque dans nos sociétés occidentales d’aboutir à une organisation en grappes où l’on ne s’identifie plus en fonction de classes sociales mais à travers quelque chose de plus complexe, à la fois géographique, social, autant qu’en niveaux de revenus. La conclusion que nous en tirions à l’époque était que nous allions de ce fait vers une société moins en capacité de réagir aux événements. Ensuite, à l’occasion du Grand débat qui s’est décliné à la suite de la crise des « gilets jaunes », nous avons poursuivi notre travail sur cette nécessité de mieux anticiper les grandes ruptures.

Jean-Luc Léger. © Ceser Normandie

Quel est au fond l’enjeu de cette démarche prospective ?

La prospective, c’est imaginer des perspectives, anticiper des grandes ruptures qui peuvent être climatiques, sociales. Ce que nous constatons c’est que nos sociétés ne sont absolument pas prêtes à intégrer l’inédit dans le quotidien. Le Covid-19 se manifeste et personne ne peut empêcher son émergence, sa propagation et nous restons totalement interdits devant cette chose-là ! C’est le signe que nous sommes incapables d’accepter l’inédit, l’imprévu.

Quel pourrait être le chantier prioritaire, selon vous, pour engager les transformations que vous appelez de vos vœux ?

La question de l’information de la population est centrale. Elle doit être considérée comme adulte pour mieux répondre à ces défis. C’est une question que nous avions abordé au Ceser à l’occasion de l’incendie de Lubrizol à Rouen. Il était alors évident qu’il y avait eu un vrai problème d’information de la population dans les premiers jours. La crise du Covid-19 renforce l’importance de l’information en temps et de crise comme en amont. Et à l’heure où l’on évoque le redémarrage, la question de la démocratie consultative à l’échelle locale se pose : comment faire en sorte que les acteurs locaux et les citoyens participent à la décision publique !

Il s’agit là d’un vrai changement de culture politique à mettre en œuvre pour des territoires plus autonomes, qui prennent plus d’initiatives. Aujourd’hui encore, lorsque l’on constate un manque, on attend les décisions du gouvernement, de tel ou tel ministre… Si on continue sur la même voie, on ne résoudra pas mieux les prochaines crises.

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