La Normandie représente 39 % des capacités françaises de raffinage et approvisionne largement la région Ile-de-France. Avec la crise, les raffineries ont ralenti leur activité. Et surveillent l’état des stocks comme le lait sur le feu.
Avec deux des huit raffineries françaises – Total à Gonfreville-l’Orcher et ExxonMobil à Notre-Dame-de-Gravenchon -, la Normandie représente 39 % des capacités de production du raffinage français, soit environ 24 des 62 millions de tonnes de pétrole brut susceptibles d’être raffinées en France chaque année. Une production qui est destinée, pour l’essentiel, à la région capitale. Du reste, tout un système de pipelines, géré par la société Trapil, relie la Normandie à l’Ile-de-France, acheminant environ 11 millions de tonnes de carburants vers les dépôts franciliens et notamment vers les aéroports de Paris. Mais l’industrie est actuellement confrontée à un double choc : l’effondrement du prix du brut et la crise du covid-19.
A priori, la baisse du prix du pétrole n’est pas une mauvaise nouvelle pour le raffinage qui voit ainsi une partie de ses coûts baisser. « Pour l’instant, les marges de raffinage sont assez stables », constate du reste Marc Granier, délégué régional de l’Ufip (Union française des industries pétrolières) en Normandie. Cependant, les raffineries risquent de souffrir indirectement : leurs propriétaires – les pétroliers – sont, eux, exposés de plein fouet à la baisse du prix de l’or noir. Ainsi, Total a déjà annoncé, le 23 mars 2020, un plan d’économie de 800 millions d’euros au lieu des 300 millions initialement prévus.
Des stocks en progression
Le covid-19 provoque lui un tout autre impact : « La consommation de carburants a chuté d’environ 70 % », estime Marc Granier. Et pour cause, la circulation des automobiles et poids lourds a grandement diminué. La dégringolade atteint même plus de 90 % pour les carburéacteurs (destinés aux avions). Difficile pour autant d’ajuster en temps réel l’offre à la demande : les raffineries sont des outils industriels très lourds, dont l’arrêt et la remise en fonctionnement nécessitent, chacune, un à deux jours de préparatifs. Et s’il est possible de diminuer un peu la production – ce qui est le cas à Gonfreville l’Orcher et à Notre-Dame-de Gravenchon -, « on ne sait pas faire marcher une raffinerie à 20 % de sa capacité, explique Marc Granier. 60 à 70% constituent un minimum. ».

L’usine pétrochimique Total de Gonfreville l’Orcher. © Total Group
Même si l’arrêt pour maintenance de deux autres raffineries hexagonales permet de réduire un peu la production nationale, la demande est si faible que « les stocks montent », explique le délégué régional de l’Ufip. Avec, à terme, le risque de devoir diminuer la production en avançant certaines opérations de maintenance par exemple ou en interrompant temporairement la production de certains sites.
Intégration en aval
Mais les deux grands complexes pétroliers normands ne comprennent pas seulement des installations de raffinage : ils comptent aussi des installations de pétrochimie, qui procèdent au vapo-craquage du pétrole et qui emploient à peu près la moitié des 4 000 salariés des deux sites. « Pour l’instant, selon Marc Granier, nous n’avons pas encore constaté d’effet négatif de la crise sur la demande des produits issus de la pétrochimie. » L’industrie de la plasturgie est notamment très sollicitée par les besoins de l’industrie médicale. En revanche, l’automobile, autre grand débouché du secteur, voit son marché s’effondrer.
A moyen terme, des repositionnements indispensables
Une fois la crise conjoncturelle passée, l’industrie pétrolière normande devra, de toutes façons, continuer son adaptation structurelle. Autrement dit, s’habituer à un (lent) déclin des ventes de carburants au fur et à mesure que le parc de véhicules s’hybridera ou s’électrifiera.
En revanche, « la diminution en vue de l’écart entre les ventes d’essence et celles de diesel n’est pas une mauvaise nouvelle pour le raffinage français », explique Marc Granier. Car il est techniquement impossible de produire dans une raffinerie exclusivement du diesel ou de l’essence. Or, en 2018, la consommation de gasoil a atteint 34 millions de tonnes, contre seulement 8 millions de tonnes pour l’essence. En conséquence, la France a dû exporter 25 % de sa production de supercarburant et importer 46 % de sa demande de gasoil !