Le défi du développement des croisières fluviales et maritimes

Développer le tourisme fluvial sur la Vallée de la Seine suppose la création d’une véritable destination touristique, et donc la collaboration des territoires traversés. Chacun, pourtant, nourrit ses propres envies, et affiche ses contraintes. Tel est l’un des enseignements du colloque « Escales en Seine », organisé le 4 juillet 2019 par les agences d’urbanisme de la Vallée de la Seine.

« Si l’on se bat pour accueillir des touristes, c’est parce que l’on espère qu’ils vont créer des emplois, financer des infrastructures, et donc apporter une qualité de vie meilleure. Mais dans certaines situations, cette équation dérape ». Jean-François Martins, adjoint à la maire de Paris chargé du tourisme, l’assume : « Nous croyons que la croisière fluviale apporte plus d’externalités négatives que positives. Son barycentre est le bateau, qui offre hébergement et repas, privant ainsi le commerce local de revenus. En outre, le tourisme de groupe crée des pics de charge auxquels la ville n’est pas préparée. » Et de citer les exemples de Dubrovnik en Croatie ou de Venise en Italie où les excès du tourisme maritime – et de leurs énormes paquebots – créent des frictions entre touristes et populations.

Les représentants des cinq agences d’urbanisme de la Vallée de la Seine présentent leur étude sur les croisières fluviales et maritimes. © JGP

« Sur la Seine, cependant, le tourisme n’est pas massifié comme à Venise, c’est un tourisme de luxe », a relativisé Pierre Vogt, vice-président de la commission aménagement du territoire, transports et développement durable de la région Normandie. « Notre politique est d’accueillir peu de touristes, sur des destinations diversifiées et rares, pour qu’ils se sentent privilégiés » , a renchéri Benoit Amand, responsable navigation chez CroisiEurope.

Capter les revenus

Comment donc capter les revenus – estimés en 2015 à 130 millions d’euros – et minimiser les impacts négatifs, notamment environnementaux ? Tous les participants l’ont constaté : les territoires doivent développer une offre commerciale, culturelle et de loisirs qui séduise les croisiéristes et les équipages. Pour ce faire, « il faut qu’existe un véritable gestionnaire de l’escale, qui contribue à dynamiser l’offre », a estimé Frédéric Le Roux, délégué général de Paris Seine Normandie, l’association des chambres de commerce normande et francilienne.

« Nous croyons que la croisière fluviale apporte plus d’externalités négatives que positives », remarque Jean-François Martins. © JGP

A Caudebec-en-Caux, Patrick Pesquet, vice-président en charge de l’aménagement, de l’urbanisme et de la planification de Caux Seine Agglo, peut témoigner des effets du développement du tourisme fluvial. La petite ville de 4 000 habitants voit désormais débarquer 90 000 passagers par an. Fêtes et développement de l’offre commerciale locale ont permis, assure l’élu, de favoriser les échanges entre touristes et locaux. La ville profite aussi des effets induits : nuitées des chauffeurs de cars, dépenses des équipages.

A Rouen, le nombre de touristes fluviaux a triplé en dix ans. Françoise Guillotin, vice-présidente en charge de l’urbanisme de la Métropole Rouen Normandie, réfléchit donc à diversifier l’offre touristique au-delà des simples parcours patrimoniaux : agriculture, gastronomie, synergies avec les randonnées à vélo, etc. « Mais il n’est pas facile de capter les acteurs, c’est un monde très fermé », constate Delphine Crocq, directrice générale de Rouen Normandie tourisme & congrès.

Pierre Vogt a aussi évoqué la possibilité d’envisager des ports francs le long du fleuve, où pourraient s’installer des enseignes de luxe.

Françoise Guillotin (Métropole Rouen Normandie) intervient aux côtés de Dominique Ritz (VNF) de Patrick Pesquet (Caux Seine Agglo). © JGP

Une logistique délicate

Un enjeu consiste également à subvenir localement aux besoins des croisiéristes. Mais ce n’est pas toujours simple. Il faut des investissements importants, constate Catherine Pradal-Chazarenc, première adjointe au maire de Caen, qui développe le tourisme sur l’Orne. « C’est un tourisme très intéressant, mais nous avons beaucoup de travail à faire pour rendre notre accueil plus propre et intéressant. »

A Cherbourg, qui accueille des paquebots maritimes, Julien Bougon, directeur du pôle touristique territorial de Cherbourg à l’office de tourisme du Cotentin, constate qu’il n’est pas toujours facile de faire venir des guides, des bus, des VTC ou des taxis, en nombre suffisant pour prendre en charge les croisiéristes qui débarquent dans la ville. Au point que celle-ci doit, prochainement, décider de sa stratégie en la matière : faut-il développer l’accueil ou le limiter ?

« Il faut travailler sur la diffusion la plus large possible de ses bénéfices et sur l’insertion globale dans le territoire », estime François Philizot. © JGP

Et de fait, a conclu François Philizot, délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine : « On ne peut pas affronter le sujet avec un optimisme béat. Il faut travailler sur la diffusion la plus large possible de ses bénéfices et sur l’insertion globale dans le territoire. »

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