A. Marchani : « Le ferroviaire est le mode le plus durable du point de vue de la résilience »

Le fret ferroviaire fait actuellement l’objet de nombreuses attentions. L’Axe Seine est structurant en la matière et SNCF réseau s’attache à le développer avec l’ouverture de la ligne Serqueux-Gisors. Abdelkrim Marchani, chargé de compte fret, présente les enjeux sur cet axe.

Quels sont les avantages du fret ferroviaire ? 

Un train de fret représente entre 35 et 50 camions. Notre avantage principal, ce sont donc les émissions de CO2. En effet, nous sommes imbattables là-dessus même face à la barge. Sans conteste, le ferroviaire est le mode le plus durable du point de vue de la résilience. Ce qui en fait un atout important face à un besoin en logistique qui ne diminue pas. Sur les courtes et moyennes distances, la concurrence avec le camion est rude. Mais les difficultés de recrutement des chauffeurs poids lourd et les politiques de lutte contre la pollution amènent les industriels à réfléchir à de nouvelles méthodes logistiques. Cependant, le fret routier est nécessaire pour les derniers kilomètres. Rappelons enfin que beaucoup d’entreprises disposent toujours de sites embranchés fer, ce qui nous offre la possibilité d’opérer du ferroviaire de bout en bout.

Abdelkrim Marchani, chargé de compte fret de SNCF réseau. © SNCF réseau

Quels sont les besoins pour qu’il se développe ?

Le réseau est prêt et les premières réussites vont faire prendre conscience que le ferroviaire a évolué. Nous avons besoin de volonté politique certes, tout comme de volonté industrielle. Depuis la crise sanitaire, la relocalisation industrielle est au cœur des débats et nous avons une capacité en Normandie que beaucoup de territoires nous envient. Transition écologique, industrie plus vertueuse, ces thèmes sont actuellement prioritaires et le train contribue à l’amélioration de cette dimension dans le secteur de la logistique. Ce qui est aussi intéressant, c’est la diversité des origines et des destinations sur la Normandie et l’Axe Seine. Cette diversité offre un dynamisme, les industriels s’en rendent compte et veulent de plus en plus essayer.

Quel impact aura la mise en service de la ligne Serqueux-Gisors sur le fret entre la Normandie et l’Ile-de-France ? 

Nous travaillons pour le développement de l’itinéraire de l’Axe Seine avec l’ouverture de la ligne Serqueux-Gisors. Elle va nous permettre d’absorber plus de trafic de fret ferroviaire. Cet axe est historique et a besoin d’aménagements, c’est pourquoi nos investissements se portent aussi sur ces infrastructures.

L’objectif est de permettre à un certain nombre d’industriels de circuler malgré les perturbations du fait des travaux nécessaires. On espère pouvoir créer des sillons en journée pour développer l’offre existante. Ainsi l’axe Serqueux-Gisors constitue un itinéraire supplémentaire entre le port du Havre et par conséquent les ports du monde entier et le hub de Valenton (Val-de-Marne) qui réceptionne la marchandise. Le fret ferroviaire pourra désormais contourner les chantiers avec un objectif : développer sans péjorer. En effet, nous devons massifier le fret mais ne pas perturber le trafic voyageur. A ce titre, nous travaillons avec le client Transilien.

Quels sont les freins au fret ferroviaire et comment les résorber ?

Les industriels dont la logistique passe principalement par la route ont tendance à oublier que le train est une solution. Nous faisons face à un frein historique, les professionnels du secteur pensent que c’est compliqué, imaginent un manque de ponctualité propre au ferroviaire. En réalité, le train de fret est parfaitement opérationnel de nos jours.

Subsiste une contrainte : l’anticipation, et nous travaillons à être plus souple à ce propos. Sur les réservations de créneau, au moment de la prise de rendez-vous, il est nécessaire pour les entreprises de réserver les trajets les plus structurants qui sont souvent les plus réguliers. La programmation d’un train régulier quotidien est moins compliquée à réaliser que la réservation d’un train mensuel. Plus l’industriel est conscient, en amont, de ce qu’il va faire circuler, meilleures sont les possibilité d’agencement. Si vous arrivez le lundi pour un train qui doit partir le mardi, c’est possible si l’itinéraire est libre grâce à notre offre de sillons de dernière minute, mais il vous sera difficile de trouver une entreprise ferroviaire qui réponde ponctuellement.

Quelles sont vos relations avec Haropa ?

Nous travaillons en étroite collaboration avec Haropa. Et tout le monde y gagne : quand Haropa augmente sa part modale sur le ferroviaire, nous densifions le nombre de trains en circulation. Autre avantage, nous parlons d’une seule voix et nous montons une marque qui s’appelle le fret ferroviaire sur l’axe seine. In fine, ces actions nous permettent d’être plus performants auprès de ceux qui travaillent d’ores et déjà avec nous tout en démarchant de futurs clients.

Aujourd’hui, au sein de SNCF Réseau, une équipe est dédiée pour réaliser les études nécessaires à la mise en place d’une nouvelle desserte. Ce service permet aux chargeurs d’étudier la faisabilité d’intégrer le ferroviaire à sa logistique et donc de faire du transfert modal.

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