A. Grumbach : « La Vallée de la Seine constitue l’identifiant de la métropole »

Depuis dix ans sur la Vallée de la Seine, on peut regarder ce qui s’est passé institutionnellement et ce qui a été mis en place concrètement. Antoine Grumbach revient sur son projet de Grand Paris jusqu’à la Seine qui « avait provoqué un certain déferlement d’articles et de commentaires ».

« Mais il y a eu des blocages institutionnels. D’une part, j’avais imaginé une ligne de chemin de fer reliant La Défense, Cergy-Pontoise, Rouen et Le Havre mettant cette dernière ville à une heure de Paris. Les compagnies maritimes estimaient que, si c’était le cas, toutes les croisières s’arrêteraient au Havre. Mais Laurent Fabius a choisi de placer la gare de Rouen au sud de la Seine, mettant fin à cette ambition.

Antoine Grumbach

Antoine Grumbach. © JGP

D’autre part, quand François Hollande a été élu président de la République, il a annoncé qu’il ne souhaitait pas marcher dans les pas de Nicolas Sarkozy. Il ne s’est donc pas passé grand chose sur le Grand Paris pendant plusieurs années du côté de l’Etat. Il a remplacé Antoine Rufenacht, chargé de mission sur le sujet, par le préfet François Philizot qui a été chargé de la Vallée de la Seine, sans Paris. Le Grand Paris a ainsi été distingué de la Vallée de la Seine, ce qui a de graves conséquences en terme d’aménagement des territoires.

Du côté des établissements publics de la société civile et des investisseurs, il s’est passé beaucoup plus de choses. J’avais, par exemple, dit qu’il fallait que les trois ports ne soient plus qu’un, afin de mettre fin à un manque de cohérence, certaines absurdités. J’ai donc été très content de la création de Haropa et de la toute récente décision du Premier ministre de concrétiser la fusion des trois ports. Un certain archaïsme portuaire demeure toutefois et constitue un frein au développement économique, notamment du fait de l’opposition à des projets comme le Canal Seine-Nord Europe. Le fait que les ports soient gérés par l’Etat fait qu’ils ne s’intéressent pas à ce qui se passe en dehors de leur périmètre. A Rotterdam, le port appartient à la ville, donc ce qui est bon pour le port est bon pour la ville.

La conteneurisation a changé le rapport des villes aux fleuves. De nombreux terrains portuaires peuvent ainsi être récupérés pour que la ville ait accès à l’eau, comme on peut le voir à Bordeaux. Mais, au plus haut niveau de l’Etat, il n’y a pas une vision très claire de l’action à mener sur la Vallée de la Seine. Et les régions n’ont pas les moyens d’avoir de vision. La disparition de la Datar a consacré la fin des ambitions d’aménagement des territoires comparables aux opérations entreprises par de Gaulle : villes nouvelles, Languedoc-Roussillon, Côte d’Aquitaine, Compagnie du Rhône.

Outils d’aménagement

Lors de la reforme des régions, j’avais proposé que l’on découpe la France en cinq regions correspondant aux cinq bassins hydrologiques français : Seine, Loire, Garonne, Rhône, Rhin international.

Nous sommes par ailleurs enfermés aujourd’hui par l’idée de zones d’aménagement qu’il faut finir. Une ville finie est une ville morte, les outils d’aménagement doivent être conçus comme des systèmes ouverts en inachèvement perpétuel. Notre organisation administrative actuelle sur la question des villes est héritière de ce qu’Haussmann avait mis en place. Le découpage des services en voirie, construction, espaces verts a été consacré par le découpage urbanistique des CIAM de Le Corbusier. Aujourd’hui, aucun projet d’ensemble n’est possible tant qu’une culture du projet ne se substituera pas à la pratique de services sans ambitions communes. La réalisation du territoire est découpée par zones géographiques et par thèmes, alors qu’il faudrait une logique de projets avec tout le monde autour de la table.

Document d’Antoine Grumbach pour matérialiser l’axe Seine. © A. Grumbach

Pour le Grand Paris, j’avais commencé à réfléchir à une gouvernance selon une logique de projets, avec à l’esprit la phrase de Napoléon Bonaparte : « Paris-Rouen-Le Havre, une seule et même ville dont la Seine est la grande rue ». La région capitale, c’est la Vallée de la Seine, en incluant Seine amont. J’ai la conviction qu’il faut réconcilier le développement portuaire et la région capitale et, en même temps, régler les questions d’inondabilité depuis les superbes paysages de La Bassée en amont du confluent Seine/Yonne.

Axe de réflexion métropolitaine

J’en suis convaincu, la Vallée de la Seine deviendra un jour un axe de réflexion métropolitaine, car elle constitue l’identifiant de la métropole. Selon les travaux que j’ai menés sur les mégapoles mondiales, leur identité se définit en fonction de leur géographie et, par ailleurs, toutes les grandes métropoles mondiales sont portuaires car 90 % des marchandises transitent par la mer.

Aujourd’hui, la gestion économique, culturelle, politique et sociale des grandes métropoles a besoin de s’identifier à un projet et une identité partagés. Or l’identité de la région capitale, c’est le bassin hydrologique de la Seine. La plus grande avenue plantée de la région est la Vallée de la Seine. Paris a génialement amorcé cette identité en concentrant un grand nombre d’institutions en bord de Seine. Il reste beaucoup à aménager du Havre aux sources de la Seine pour réconcilier urbanisme et agriculture, industrie et logistique fluviale. En espérant que l’éventuel Brexit ne mettra pas fin à l’existence de la grande mégapole européenne, qui associe Paris, Londres et Rotterdam. »

Document d’Antoine Grumbach pour matérialiser l’axe Seine. © A. Grumbach

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