Les ambitions d’Air liquide dans la décarbonation de la vallée de la Seine

Le groupe Air liquide porte une stratégie ambitieuse en matière de développement de la filière hydrogène qui passera inévitablement par le bassin de la Seine. C’est ce que le vice-président de la branche mondiale hydrogène énergie du groupe est venu réaffirmer à Port-Jérôme le 18 décembre.

Le bassin normand de la Seine est « la région du monde dans laquelle nous avons les projets les plus ambitieux et les plus avancés ». Ce constat, c’est Erwin Penfornis, vice-président de la branche mondiale hydrogène énergie du groupe Air liquide qui le dresse. Avec la confirmation en septembre dernier d’un investissement de 400 millions d’euros pour développer un électrolyseur de 200 MW à deux pas de ses installations historiques de Port-Jérôme (Seine-Maritime), Air liquide a marqué des points face à la concurrence dans une course européenne et mondiale déterminante pour les territoires qui cherchent, chacun à sa manière, à attirer des projets industriels qui font la part belle à la décarbonation.

Le futur électrolyseur de Saint-Jean-de-Folleville doit entrer en service en 2026. @Ataub-architectes

« L’enjeu pour Air liquide est d’être dans le peloton de tête », explique le dirigeant qui rappelle que le corridor de la vallée de la Seine représente actuellement près de 40 % de la consommation d’hydrogène en France tout en contribuant à peu près dans les mêmes proportions à la production de ce vecteur énergétique essentiellement utilisé par les raffineurs et les producteurs d’engrais azotés. En parallèle de ses investissements dans la vallée de la Seine, Air liquide développe aux Pays-Bas un projet jumeau de celui du futur électrolyseur de Saint-Jean-de-Folleville, explique Erwin Penfornis. Un projet qui s’ajoute aux développements, toujours au Benelux, d’unités de captage de CO2 qui deviennent, elles aussi, des marqueurs de compétitivité pour les industriels.

« Les ports sont au cœur de ces enjeux »

« Et les ports sont au cœur des enjeux » sur ces questions-là, souligne Erwin Penfornis. « Au plan européen, ils se font la course et c’est probablement le port de Rotterdam qui est le plus agressif en la matière en communiquant dans le monde entier sur ses atouts » liés au développement de la filière hydrogène ainsi qu’au captage de CO2. En Normandie, Air Liquide s’est lancé dans la production d’hydrogène dès les années 1960 pour subvenir aux besoins des lanceurs spatiaux puis a progressivement alimenté les raffineurs de la vallée de la Seine qui utilisent l’hydrogène dans leurs process de désulfurisation des hydrocarbures. Aujourd’hui, le site de Port-Jérôme produit quelque 80 t/jour. Un volume auquel s’ajoute désormais les 240 t/jour de l’unité SMR de la raffinerie de Normandie (TotalEnergies) pilotée par Air liquide.

Le site Air liquide de Port-Jérôme en Seine-Maritime produit 80 t/jour d’hydrogène. @Adrien Daste

Demain, explique le représentant du groupe, les mobilités, principal émetteur de CO2 au niveau mondial, pourraient avoir leur carte à jouer. Même si la décarbonation des poids-lourds restera une étape difficile à franchir, prévient Erwin Penfornis. A court terme, le marché se concentre sur les 500 taxis parisiens dont le nombre devrait croitre en 2024 et qui seront rejoints par les 500 véhicules de la flotte officielle de Paris 2024. Sans oublier les futurs bus à hydrogène de la métropole de Rouen ainsi que ceux en circulation depuis 2019 sur la ligne Versaille-Loges-en-Josas. Quatre stations d’avitaillement existent en Ile-de-France et huit nouvelles doivent être installées en 2024.

Le captage de CO2, l’autre pilier de la décarbonation

L’autre jambe de la stratégie de décarbonation d’Air liquide est le captage de CO2. Sa technologie Cryocap fonctionne sur son site de Port-Jérôme et a vocation, confirme le dirigeant, à équiper l’ensemble des sites des partenaires du consortium d’industriels de la vallée de la Seine dont Air liquide est un membre actif aux côtés de Yara, TotalEnergies, Esso et LAT Nitrogen.

En résumé, la Normandie est « un cas d’école de ce que l'[entreprise] souhaite faire en matière de décarbonation » : des unités de production d’hydrogène équipées de capteurs de CO2, connectées avec les principaux industriels consommateurs d’hydrogène, le tout soutenu par un électrolyseur unique qui sera, lors de sa mise en service attendue en 2026, le plus important d’Europe.

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