L’offre en matière d’enseignement supérieur est la clé de voute d’une attractivité renforcée pour la métropole Rouen Normandie. Un enjeu pris à bras le corps par l’intercommunalité qui déploie un plan stratégique destiné à attirer davantage d’écoles sur le territoire qui a accueilli près d’une quinzaine de nouveaux établissements depuis 2021.
Le directeur général de Rouen Normandy invest (RNI), le bras armé de la métropole en matière de développement économique et d’attractivité se frotte les mains : depuis 2021, pas moins de13 établissements nouveaux d’enseignement supérieur ses ont établis sur le territoire de la métropole de Rouen. Le fruit d’un plan stratégique sur trois ans dont l’objectif final consiste à rendre le territoire plus attractif. « Attirer des écoles, cela permet de fidéliser des familles », explique Jean-Yves Heyer. « On s’installe généralement sur un territoire pour un job, avant de rechercher un emploi pour son conjoint, puis au bout de 5 ans on a fait le tour et on monnaye ses services ailleurs », décrit ce fin connaisseur des dynamiques d’attractivité territoriale. Sauf si les candidats au départ trouvent réunies les conditions de leur sédentarité: « et ce sont bien souvent les enfants qui font que l’on reste sur un territoire », conclu-t-il.
Changer l’image du territoire en profondeur
Développer l’offre en matière d’enseignement supérieur est donc un enjeu stratégique pour l’intercommunalité, car au-delà de répondre aux besoins des entreprises locales, « cela change en profondeur l’image d’un territoire », assure Jean-Yves Heyer. Mais pour que le processus soit pleinement efficace, encore faut-il que ces écoles soient « visibles ». D’où les efforts conjoints de RNI et de la métropole pour leur permettre de s’établir le plus possible en centre-ville. « Dans le prolongement de mai 68, on a mis les étudiants hors des villes », explique le directeur général de RNI, tandis qu’en parallèle se développait le concept de campus nécessitant de larges emprises foncières. résultat des courses, « on a parfois l’impression qu’il y a plus d’étudiants à Caen (30 000) alors qu’ils sont presque deux fois plus nombreux à Rouen (53 000). Un parallèle qui illustre la difficulté d’apparaître comme une ville étudiante.

La métropole compte attirer 10 000 étudiants supplémentaires dans les années à venir. © Jas
« Quand des chefs d’entreprises viennent à Rouen, ils comptent les grues qui sont un bon indicateur du dynamisme du territoire puis ils regardent les CSP ». La présence de jeunes est donc, elle aussi, un indicateur essentiel pour attirer des entreprises hexogènes. « A Rouen, on compte environ 13 000 en centre-ville essentiellement répartis entre le quartier de la préfecture et celui du CHU », constate Jean-Yves Heyer. D’où le projet de la métropole de « recentrer » les établissements d’enseignement supérieur, stratégie qui s’est traduite ces dernières années par l’implantation de l’ICP, de Zone 01, de la faculté dentaire, de l’Ecole Fauchon, de In&ma et Galiléo, de Mediaschool sur les quais de Rouen et plus récemment de Challenge business school dans le quartier Flaubert. « Et, ajoute le directeur général de RNI, nous travaillons sur d’autres implantations afin de compléter l’offre locale ».
Une forte concurrence entre les métropoles
La complémentarité des offres est également prépondérante : à Rennes, par exemple, on dénombre 7 écoles d’ingénieurs, soit deux fois plus qu’à Rouen qui compte pourtant 35 000 habitants de plus, mais également une population étudiante moins nombreuse. Plus que jamais, les métropoles se livrent une concurrence féroce pour attirer les établissements et donc les étudiants. Aujourd’hui la métropole de Rouen affiche un ratio de 10 % d’étudiants par rapport à la population totale, ce qui la place au niveau de Nantes, Lille, Nice et devant Toulouse ou Aix-en-Provence. « L’objectif à termes, confirme Jean-Yves Heyer, c’est de rattraper Bordeaux, Strasbourg et Lyon qui sont autour de 12 % ». Et pour ce faire, il faudra convaincre 10 000 étudiants supplémentaires de rejoindre le territoire rouennais. La bonne nouvelle, c’est la démographie locale qui progresse depuis 2016 un peu plus de 1 000 habitants supplémentaires chaque année sur le territoire de la métropole (et même 2 250 en 2022), ce qui représente la 4e plus forte croissance démographique en France derrière Montpellier, Toulouse et Nantes. Pour atteindre ses objectifs, la métropole pourra compter sur un atout de poids : la proximité de Paris qui, malgré les apparences – et parfois les idées reçues – permet d’attirer des jeunes qui ont des difficultés à s’installer en région parisienne.