Besoins logistiques et disponibilité foncière : l’équation à plusieurs inconnues

Enseignante-chercheuse au Cnam, Adeline Heitz publie avec Sibylle David, ingénieure de recherche, une première étude réalisée dans le cadre du programme de recherche partenariale « Chaire Seine logistique et productive », consacrée à la gestion de la rareté du foncier le long du linéaire de la vallée de la Seine.

La logistique n’est pas qu’une simple question de flux ; c’est aussi – et peut-être avant tout – une activité consommatrice d’espaces et donc un sujet d’aménagement du territoire. Les communes et intercommunalités regroupées au sein de l’Entente Axe Seine l’ont bien compris et ont choisi, avec leurs partenaires Haropa port et Sogaris, de confier à Adeline Heitz, dans le cadre de la Chaire Seine logistique et productive, une étude posant les enjeux de la gouvernance du foncier logistique dans la vallée de la Seine.

Adeline Heitz, maitresse de conférences au Cnam. © AH

Maitresse de conférence et enseignante-chercheuse au Cnam, Adeline Heitz, associée à Sibylle David (ingénieure de recherche au Cnam), a livré début avril une étude intitulée : « Gouverner la rareté foncière » à l’échelle de l’axe Seine. Avec, résume-t-elle, une grande question en fil rouge : « Où peut-on mettre ses activités-là ? » Les activités de production et de logistique sont progressivement devenues « invisibles » aux yeux de la puissance publique, ce qui s’est traduit depuis une quinzaine d’années par un phénomène d’étalement logistique. « Aujourd’hui, le discours est devenu très différent et les pouvoirs publics ont envie d’aller vers une planification plus active afin d’éviter de reproduire les mêmes erreurs ».

« Le temps de l’aménagement n’est pas celui de l’activité »

Agir en amont implique donc de mieux comprendre les enjeux, les besoins des acteurs économiques afin d’outiller les acteurs publics dans leur gestion du foncier disponible. Ce qu’a pu constater Adeline Heitz en menant ses travaux, c’est que les méthodes d’analyses du foncier, si elles permettent de comparer les espaces en fonction de leurs caractéristiques, révèlent surtout des divergences d’appréciation. Entre les collectivités et des acteurs économiques qui, selon qu’ils sont utilisateurs (logisticiens ou transporteurs), ou investisseurs et aménageurs en immobilier logistique, n’ont pas toujours des intérêts convergents en termes de rentabilité comme de localisation de leurs activités. L’autre hiatus, c’est la temporalité : « le temps de l’aménagement n’est pas celui de l’activité », explique Adeline Heitz qui constate en parallèle que dans la période récente, des phénomène tels que la crise sanitaire, le retour des taxes à l’export ou encore la taxation des petits colis, ont fortement impacté les chaines logistiques.

Entrepôt logistique développé près de Rouen par VPK et exploité par Sénalia. © Sénalia/VPK

La prise de conscience est réelle du côté de la puissance publique qui cherche les clés afin de rendre compatibles ces différents enjeux, reconnaît l’enseignante-chercheuse. Tout cela à l’aune du ZAN (zéro artificialisation nette) et plus encore de la sobriété foncière, concept qui irrigue désormais plus systématiquement les politiques publiques.

Reste la question de l’acceptabilité et de la place de la logistique dans les territoires. L’exemple du projet Green Dock (Gennevilliers) vient à l’esprit, celui d’un bâtiment logistique verticalisé destiné à réduire l’emprise au sol mais qui reste contesté par les riverains et les associations environnementale en raison de son « gigantisme ». C’est d’ailleurs là le véritable point d’achoppement, explique Adeline Heitz, plus que le concept lui-même, ce qui lui fait dire « qu’il y a probablement une réflexion à avoir sur cette question de taille des projets ». Ce que la chercheuse relève, néanmoins, dans ces situations de contestation, c’est un phénomène nouveau : « Celui d’un discours anti capitaliste, anti consommation, qui refuse la logistique des grandes entreprises internationales ». Et qui se traduit par une véritable « politisation de l’objet entrepôt qui n’existait pas avant ».

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