Le délégué général de La Seine en partage et ses affluents Jordi Delepine met son art de conteur et son réseau au service de la communauté des communes riveraines de la Seine et de la Marne. Avec une passion communicative.
C’est une figure de l’Axe Seine, présent lors de tous les rendez-vous de ceux qui œuvrent pour que la Seine et ses affluents trouvent toute leur place dans une fabrique de la ville donnant ses lettres de noblesse à la riveraineté. Jordi Delepine parle avec amour et poésie du changement de regard que permet l’observation des berges d’un cours d’eau depuis le fleuve, en naviguant. Le délégué général de l’association La Seine en partage et ses affluents consacre depuis plusieurs années toute son énergie à fédérer la mise en valeur du patrimoine fluvestre par les communes riveraines de la vallée de la Seine. Cette mission, aux allures de plaidoyer, bénéficie pleinement de son entregent hors pair, lui permettant d’afficher au programme des colloques organisés à ce sujet des VIP en veux-tu-en-voilà.
Autour de James Cheron, le maire de Montereau-Fault-Yonne, vice-président du conseil régional et président de La Seine en partage, très investi sur le sujet, l’écrivain Erik Orsenna figurait ainsi parmi les invités vedettes de l’édition 2025 de ce rendez-vous automnal.

Jordi Delepine. © Jgp
Son goût pour la diplomatie, la conciliation des intérêts parfois divergents entre les nombreuses parties prenantes du fleuve, à l’heure de la mixité des usages, Jordi Delepine l’a reçu dès le berceau. Il raconte en souriant que le viguier d’Andorre, comptant parmi les bonnes relations de son paternel, homme de radio, alors chargé par la Sofirad (Société financière de radiodiffusion) de développer Radio des vallées devenue Sud Radio, rendit visite à sa mère le soir de sa naissance. « C’est bon pour les affaires », s’était alors félicité son géniteur, lui-même habitué des cénacles du pouvoir.
Né en Andorre d’un père ingénieur du son pionnier, créateur de stations de radio, futur développeur de JC Decaux en Espagne et au Portugal, Jordi Delepine grandit à Barcelone avec sa mère, à 150 m de la Sagrada Familia, avant de rejoindre Saint-Laurent-du-Var en 1968. Polyglotte – français, espagnol, catalan –, amoureux de l’architecture Art déco, il se forge très tôt un goût pour l’organisation et la mise en scène : troupe de théâtre au collège, concerts de rock sur les remparts du Vieil Antibes, émissions de radio aux côtés de Chantal Lauby sur France Inter Côte d’Azur. C’est aussi en tant que président d’un mouvement de jeunes, à 15 ans à peine, qu’il commence à bâtir son réseau, citant Dominique Bussereau ou Jean-Pierre Raffarin parmi ses mentors de l’époque.
Son bac E et son DUT de techniques de commercialisation en poche, il effectue son service militaire sur le plateau de Satory à Versailles (Yvelines) comme radiographiste, avant de rejoindre sa sœur et son époux, adjoint au maire de Compiègne, et Philippe Marini, aujourd’hui maire, pour créer Canal 60, future antenne du réseau Nostalgie. Commence alors une longue carrière dans les régies publicitaires des grandes radios périphériques, dont il détaille chaque étape avec truculence : IP pour Sud Radio, RMC – où il passe plus de temps dans la rédaction, notamment avec Yves Mourousi, qu’à la régie –, NRJ, puis La Cinq aux côtés de Patrick de Carolis.
Marketing territorial
Il rejoint ensuite le groupe UGC, où il crée en 1997, autre fait d’armes, l’une des premières régies publicitaires digitales dédiées au cinéma. Il cosigne alors un ouvrage de référence sur la publicité internet chez Dunod, et intervient dès 1998 et 1999 aux conférences du Festival de Cannes sur la transition numérique dans l’exploitation cinématographique.
Avant de prendre son indépendance et de créer, en 2004, sa propre agence, Ficom, puis le cabinet Crinci, spécialisé dans le développement territorial et la communication des collectivités. Il travaille pendant des années pour la mairie de Levallois-Perret, où il se passionne pour le développement économique et le marketing territorial. Ce qui le conduira à animer, fin 2018, à la demande du préfet des Hauts-de-Seine, un groupe de travail sur l’attractivité économique de l’EPT Paris Ouest La Défense dans le contexte du Brexit. « Huit communes sur onze étant riveraines de la Seine, il m’est apparu évident d’intégrer le fleuve comme levier d’attractivité », se souvient-il. C’est cette logique qui le conduira, en 2023, à prendre la délégation générale de La Seine en partage, où il résume sa philosophie en quelques mots : « Soit on est un pirate du fleuve, soit on défend nos droits en démontrant qu’on est en mesure de respecter nos devoirs. » Une vision de la coopération forgée sur 40 ans de vie sur le fleuve, à bord d’une péniche-loft, puis d’une vedette hollandaise, jusqu’au Key West, un Alexander 56 pieds rapatrié d’Italie en 2014, où il goûte la possibilité permanente de larguer les amarres, de changer de paysage et de lumière.