Alain Dulac, sur tous les fronts

À 63 ans, le dirigeant de l’entreprise normande Factem a pris en mars la présidence du fonds Normandie Défense piloté par la Région Normandie. Une occasion pour lui de redonner un peu de l’énergie et de la confiance qu’il a reçue tout au long de la construction de son parcours de dirigeant.

L’actualité raisonne d’une manière particulière aux oreilles d’Alain Dulac. Et pas uniquement parce qu’il dirige depuis une quinzaine d’année une PME normande spécialisée dans l’électro-acoustique, Factem, qui réalise la moitié de son chiffre d’affaires dans le secteur de la défense. Le Moyen-Orient, tristement mis sur le devant de la scène par les conflits qui le rongent, est un terrain qu’il connaît bien pour l’avoir arpenté pendant près de 10 ans comme directeur de projet au sein d’une PME spécialisée dans la reconnaissance des empreintes digitales et qui avait alors décidé d’ouvrir une unité au Liban. Une entreprise qui sera d’ailleurs rachetée quelques années plus tard par Sagem défense sécurité, comme un lointain écho prémonitoire de la trajectoire que va prendre son parcours professionnel.

Alain Dulac, pdg de Factem et président du fonds Normandie Défense. © Factem

Issu d’une famille originaire du sud-ouest, c’est à Bayeux, dans le département du Calvados, qu’Alain Dulac a posé ses valises en 2011. Ce point de chute marque symboliquement le passage à l’entrepreneuriat d’un dirigeant qui a su s’appuyer sur l’expérience acquise au sein d’un groupe familial. En 2006, il a rejoint le groupe Vallée, implanté dans la Sarthe, pour intégrer une filiale spécialisée dans la maintenance de produits en fin de vie et plus particulièrement de cabines téléphoniques dont l’heure avait sonné : « Il en restait des millions dans le monde et les opérateurs téléphoniques ne voulaient plus s’en occuper », se souvient Alain Dulac. Cinq ans plus tard, l’entreprise employait 200 collaborateurs et avait assuré une présence mondiale entre Montréal, Mexico, Brisbane, Singapour ou encore Dublin, évoque avec fierté son ancien dirigeant.

« Pris par le virus de l’entrepreneuriat »

Dans l’intervalle, alors que le groupe Vallée cherchait à acquérir une plateforme industrielle en France, Alain Dulac s’était rapproché de ses anciens dirigeants chez Sagem. Un groupe qui allait passer quelques années plus tard sous pavillon Safran et prêt à céder son usine de Bayeux en Normandie, spécialisée dans les produits destinés au marché militaire. Ce site, par le jeu de restructurations successives, avait lourdement réduit la voilure, passant de 680 à seulement 35 employés en quelques années à peine. « Mais chez Sagem, on ne fermait pas de sites », se souvient Alain Dulac. Trois ans plus tard, en 2010, « pris par le virus de l’entrepreneuriat », il proposera à Henri Legarda, le président du groupe Vallée, de racheter l’entreprise qui deviendra un an plus tard Factem.

Factem est aujourd’hui une PME qui emploie 65 collaborateurs et réalise 16 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le domaine de l’électroacoustique ainsi que dans les détecteurs industriels. Une activité qui se partage à parts égales entre le militaire et le civil avec une spécialisation clé dans le domaine de la transmission de la parole en environnement difficile, résume son dirigeant. « Nous équipons notamment les masques des pilotes du Rafale ou encore les postes de pilotage des avions de ligne », explique Alain Dulac. Factem a d’ailleurs emporté un appel d’offres pour le compte d’Airbus dans le cadre duquel elle fournit des équipements électroacoustiques qui seront utilisés par une soixantaine de compagnies aériennes à travers le monde.

En attendant que les commandes ruissellent

Plongée dans les marchés de la défense en partie grâce au lointain héritage de Sagem défense sécurité, Factem évolue au gré d’un contexte marqué ces dernières années par la guerre en Ukraine, le confit au Moyen-Orient et en Iran, et peut-être plus encore par la nécessité pour la France et l’Europe de réévaluer leur souveraineté en la matière. Et si le marché défense apparaît aujourd’hui porteur pour les entreprises du secteur, les incertitudes sont nombreuses, explique Alain Dulac : « On sait par exemple qu’il va falloir refaire les stocks de l’armée française, tout cela après des dizaines d’années de réduction des budgets militaires ». Les commandes sont ainsi clairement identifiées, ce qui ne signifie pas que les contrats sont près d’être bouclés. Une situation à propos de laquelle Alain Dulac aime à citer la métaphore de l’embouteillage : « Quand il se résorbe après un accident, la dernière voiture repart beaucoup plus tard que la première ! » Manière de dire que les PME régionales n’ont d’autre choix que d’être patientes avant de voir ruisseler les commandes des grands groupes et autres fournisseurs de premier rang.

Afin de répondre, en partie, à cette problématique, la Région Normandie a lancé fin mars un fonds Normandie Défense dont la présidence a été confiée à Alain Dulac. Doté d’une dizaine de millions d’euros, les objectifs de ce fonds sont clairs. « Nous avons sur le territoire des petites PME qui font quelques millions d’euros de chiffre d’affaires et qui sont détenues à 100 % par leur dirigeant ». Or ces entreprises ont des besoins de financement et peinent à convaincre les fonds d’investissement spécialisés dont les tickets d’entrée sont élevés, voire les banques qui hésitent parfois faute de visibilité. « Cet outil va nous permettre d’être aux côtés des dirigeants de PME, à la fois pour investir en fonds propres, mais aussi pour rassurer leurs partenaires financiers ». Une mission qui lui va comme un gant, lui qui après avoir « beaucoup reçu », estime qu’il doit désormais utiliser son temps et son énergie « pour redonner ». « Je ne le fais pas pour la gloire, ajoute-t-il, je me suis réalisé dans Factem. On m’a fait confiance et j’essaye simplement de faire la même chose en retour. »

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