La Seine en partage se penche sur l’héritage des JOP 2024

L’association La Seine en partage, présidée par le maire de Montereau-Fault-Yonne [Seine-et-Marne) James Chéron, organisait mardi 28 novembre 2023 au conseil régional d’Ile-de-France un colloque « La Seine et les J.Eau » consacré à l’héritage des Jeux de Paris 2024 sur le fleuve.

L’annonce d’une cérémonie d’ouverture entièrement conçue sur la Seine en guise de piste aux étoiles aura définitivement placé le fleuve au coeur de cet événement au retentissement mondial. A quelques mois du démarrage des JOP de Paris 2024, l’association La Seine en partage, qui réunit depuis plus de 20 ans des élus de territoires irrigués par le fleuve, s’interroge sur l’impact de l’évènement déjà observable sur l’écosystème de la Seine ainsi que, peut-être plus encore, sur l’héritage que laisseront les Jeux. Un héritage sur lequel les acteurs du fleuves entendent bien capitaliser.

Pascal Sanjuan, délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine, avec James Chéron, président de la Seine en partage. ©JAS

« Les JOP sont déjà un accélérateur dans la mise en oeuvre de projets liés à la Seine dans les domaines des transports, de l’aménagement, de l’énergie ou encore de la gestion de l’eau », égrène James Chéron, vice-président de la région Ile-de-France et président de l’association. Des JOP qui ont d’ores et déjà un « effet bénéfique en matière de politiques publiques », même s’il conviendra de préserver la flamme lorsque celle des Jeux s’éteindra, anticipe l’élu, afin que perdure « la réappropriation des berges et du fleuve par le public ».

« Le fleuve a changé de physionomie »

Responsable RSE d’Haropa port, Frédérique Guilbert rappelle que l’autorité portuaire n’a pas attendu les JOP pour jouer son rôle d’aménageur « en prenant en compte les attentes des populations et des collectivités » en matière d’accessibilité comme de réappropriation sur un domaine portuaire qui doit sans cesse juguler la mixité des usages. Sur le port de Boulogne le Grand récemment réaménagé, « le quai est ouvert au public en dehors des horaires d’activité », rappelle la représentante d’Haropa port qui cite également la réhabilitation des berges du port de Bonneuil destinée en premier lieu « à améliorer la fonctionnalité écologique des berges » tout en créant une promenade ouverte au public.

Adjoint en charge des grands projets au sein de la commune de Port-Marly (Essonne), Rodolphe Soucaret reconnaît que le fleuve « a changé de physionomie » ces dernières décennies : « les vieux mariniers n’ont jamais connu un fleuve aussi propre ! » Une réalité qui échappe parfois aux profanes et qui doit beaucoup au fait que « les collectivités qui avaient tourné le dos au fleuve durant le XXe siècle l’ont progressivement redécouvert depuis les années 1990 ». Dans sa commune, « on a changé le barycentre de la ville », se félicite l’élu, à travers des aménagements qui ont permis de réinvestir les abords du fleuve.

Rodolphe Soucaret, adjoint au maire de Port-Marly, en compagnie d’Emmanuel Barat (E2F) et de Frédérique Guilbert (Haropa port). ©JAS

Représentant de la filière Entreprises fluviales de France (E2F), Emmanuel Barat reconnait pour sa part que les professionnels et les usagers de la voie d’eau en général « ont réduit leurs incivilités » en systématisant la récupération des eaux sales ou encore le ramassage des huiles usagées. Mais le dirigeant de 2E Energy rappelle également que « l’on a ramassé en deux ans plus de 1 000 vélos et trottinettes dans les canaux parisiens, sans parler de la Seine ! » Dans le même temps, un réseau d’assainissement des eaux usées a été mis en place sur l’ensemble des ports du bief parisien, précise Frédérique Guilbert qui évoque même une accélération du calendrier en prévision des JOP. « Fin 2025, tout le bief sera équipé ». Enfin, à Port-Marly, Rodolphe Soucaret rapporte l’expérimentation menée avec la mise en place de barges de phyto-épuration, véritables « jardins plantés » flottants qui facilitent un usage raisonné de l’eau.

Les JOP, vecteur d’innovation dans le domaine fluvial

En matière d’héritage, la directrice territoriale adjointe de Voies navigables de France (VNF) Stéphanie Peigney-Couderc rappelle que « les deux tiers des sites olympiques sont en bord à voie d’eau ». Une situation qui justifie pendant les Jeux la fermeture à la navigation d’un bras de la Seine autour de L’Ile Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le bras à grand gabarit de Gennevilliers qui permet habituellement le passage des convois les plus imposants. « Dès 2018, rappelle la directrice territoriale adjointe, on a envisagé la fermeture pendant dix semaines du bras principal » qui accueille d’ordinaire jusqu’à 50 bateaux par jour.

VNF s’est donc attelé à rendre le bras secondaire navigable sous certaines conditions afin de ne pas interrompre la navigation pendant les JOP. La mise au gabarit ainsi que les opérations d’enlèvement des nombreuses épaves qui stationnaient sur le bras secondaire participeront ainsi, estime Stéphanie Peigney-Couderc, à l’héritage des JOP. Dans le même esprit, VNF soutient le développement du bateau autonome à travers un appel à projets, souligne la directrice territoriale adjointe qui explique que « les JOP sont une manière de faire venir l’innovation sur le fluvial ». Comme avec les filets connectés imaginés par Pollustock, lauréat d’un appel à manifestation de la préfecture d’Ile-de-France avec Veolia et La Seine en partage et qui teste actuellement son système de récupération de déchets flottants dans le bief parisien.

Du côté d’EDF, le directeur développement des grands projets Ile-de-France et démonstrateurs Paris 2024, Franck Chauveau souligne les nombreuses réalisations du groupe sur le Village des athlètes, un quartier de 2 000 logements et quelque 170 000 km² de bureaux dans lequel « 20 % des besoins énergétiques seront couverts grâce à des ombrières équipées de panneaux solaires » et où certains bâtiments fonctionneront « en autoconsommation collective ». La gare routière sera elle-même recouverte d’une membrane solaire souple « dont le rendement s’approchera de celui des panneaux solaires classiques ». Enfin, l’énergéticien innove avec l’installation d’un ponton sur la Seine équipé d’une installation photovoltaïque démontable d’une puissance de 74 KWc au droit du Village des athlètes.

En matière de réseaux de communication, c’est Orange qui est à la manœuvre dans la cadre des JOP rappelle Jean-Luc Girod, délégué régional de l’opérateur pour Paris et l’Ile-de-France ouest. Un chantier qualifié « d’Himalaya des télécoms » qui consiste à couvrir 120 sites de compétition connectés entre eux, sans compter un réseau dédié à l’organisation et un autre « sécurisé et priorisé » pour les forces de l’ordre. Une organisation « qui servira de référence pour les prochains Jeux olympiques ». « Tout ce que l’on va déployer va rester », confirme Karelle Mbobda-Kuate, son homologue Ile-de-France sud-est : « on va augmenter les débits dans le coeur du réseau Orange et assurer une couverture pérenne de tous les sites ».

« Une envie de Seine fédératrice pour l’Ile-de-France sur le plan identitaire »

Délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine, Pascal Sanjuan considère également que « les JOP sont un formidable catalyseur, pratique pour débloquer les dossiers », notamment à travers les politiques publiques mises en oeuvre pour améliorer la qualité de l’eau du fleuve, cite-t-il en exemple. « Il y a 50 ans, la Seine était quasiment un fleuve mort ! » alors qu’aujourd’hui on envisage des épreuves de nage en eau libre pendant les Jeux de Paris.

Un sujet de satisfaction pour le préfet même si beaucoup reste à faire : « le fleuve, c’est le transport du futur et pourtant cette formidable infrastructure est aujourd’hui quasiment vide ». Directeur général de l’Institut Paris Region, Nicolas Bauquet confirme : « cela fait très longtemps que nous travaillons sur ces sujets avec le sentiment qu’il manquait une vision pour en faire un sujet structurant ; les JOP sont ce déclic qui fait que les habitants, le territoire, se tournent de nouveau vers le fleuve ». Une attractivité retrouvée qui s’apparente à « une envie de Seine fédératrice pour l’Ile-de-France sur le plan identitaire ».

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