Flotte verte cherche financements

Comment financer la décarbonation des flottes fluviales ? Tel était le sujet du webinaire « Vert le fluvial » organisé vendredi 16 octobre 2020 par Voies navigables de France (VNF).  

« Les entreprises du transport fluvial sont très touchées par la crise et il est clair que, pour une durée indéterminée, les investissements sont suspendus. Mais l’impératif de verdissement est une donnée invariable sur le plan réglementaire, commercial, sociétal. Il faut donc travailler en temps masqué, y compris en période de crise, pour préparer l’après crise » :  Pdg des Entreprises fluviales, Didier Leandri a résumé l’humeur qui régnait parmi les quelque 250 participants au webinaire sur le financement du verdissement de la flotte fluviale, organisé le 16 octobre 2020 par Voies navigables de France (VNF).

Thierry Guimbaud

Thierry Guimbaud, directeur général de Voies navigables de France (VNF). © JGP

Malgré l’ambiance économique morose, la quasi-unanimité des web-auditeurs, interrogés par un mini-sondage, partageaient l’avis que la transition écologique restait une priorité.

L’impératif des ZFE

« Car, a rappelé Nicolas Trift, sous-directeur des ports et du transport fluvial au ministère de la Transition écologique, les émissions carbonées doivent diminuer de 35 % d’ici à 2035 et de 100 % à l’horizon 2050″. En Ile-de-France et, plus largement, sur l’Axe Seine, la pression est encore plus importante, a rappelé Olivier Jamey, président de la communauté portuaire de Paris : « les ZFE [parisienne et métropolitaine] interdisent tout véhicule thermique sur les routes en 2030. Si le fluvial veut rester le mode de transport le plus écologique, nous devons anticiper, d’autant que nous avons une municipalité qui met l’accent sur le verdissement tous azimuts ».

Les technologies, elles, se développent rapidement : de l’électricité aux carburants de synthèse, sans oublier l’hydrogène qui constitue un grand espoir pour la flotte fluviale, mais aussi, justement, l’objet d’un chapitre important du plan de relance. « Parmi les transports massifiés, le fluvial est celui qui semble capable de faire le saut technologique le plus rapidement », a estimé Nicolas Trift.

Bornes eaux-électricité pour le transport fluvial installée le long de la Seine. © Haropa

Une fois cet impératif posé, reste la délicate question du financement. « Il existe beaucoup de dispositifs, publics comme privés. Notre objet, aujourd’hui, est donc de rentrer de façon pratique et pragmatique, dans les préoccupations des gestionnaires de flotte », a promis Thierry Guimbaut, directeur général de VNF, en introduction de la matinée.

Neutralité économique

La communauté portuaire de Paris a déjà fait ses calculs : « Nous comptons 141 bateaux, de types très différents, pour lesquels la décarbonation de la motorisation reviendrait à environ 100 millions d’euros. Si nous comparons le coût d’exploitation des bateaux dans leur version thermique, au coût d’investissement – lissé sur 10 ans – et d’exploitation de leur version électrique, il reste environ 30 à 40 millions d’euros à financer », a détaillé Olivier Jamey, président de la communauté portuaire.

Olivier Jamey, président de la communauté portuaire de Paris. © DR

Si le transport fluvial, par la massification qu’il permet, est aujourd’hui moins émetteur à la tonne transportée que le transport routier, il doit cependant conforter son avantage en verdissant ses motorisations. Pour arriver à la neutralité économique, « nous devons travailler collectivement, pour mobiliser les acteurs et trouver les meilleurs dispositifs », a-t-il estimé. Il a donc choisi un panel de 12 bateaux représentatifs de la flotte avant de se lancer à la course aux financements pour leur verdissement.

Pami (plan d’aide à la modernisation et à l’innovation), dispositifs européens, certificats d’économie d’énergie, fonds régionaux, aide de la ville de Paris, etc., la tâche n’est pas simple, « car il existe sept dispositifs qui ne répondent ni aux mêmes critères, ni aux mêmes chronologies ». « Sans oublier le plan de relance, qui comporte une part fluviale importante », a noté Thierry Guimbaud. « Et qui oriente les financements vers des investissements verts », a renchéri Didier Léandri.

Le Pami, bientôt guichet unique ?

Le Pami est, à l’origine, un programme mis en place par VNF. Il a permis sur la période 2018-2020, a expliqué Joffrey Guyot, responsable du Pami à VNF, d’aider 228 projets, de délivrer 10,2 millions d’aides qui ont généré 80 millions d’euros d’investissement, d’acheter 25 bateaux et de créer 30 entreprises. Au fil des années, certains plafonds d’aides ont été augmentés, d’autres ont été élargies et le secteur tourisme, naguère écarté du processus, en fait désormais partie.

Si le transport fluvial, grâce à la massification qu’il permet, est aujourd’hui un mode de transport de marchandises peu émetteur en comparaison du transport routier, il doit verdir ses motorisations pour conserver son avantage. © Haropa

« Le Pami est désormais en train de devenir le guichet unique autour duquel on apporte d’autres briques de financement permettant d’accompagner les entreprises », a expliqué Thierry Guimbaud.  Ainsi, les aides de l’Ademe, notamment dans le cadre du programme d’investissement d’avenir (PIA) « Navire », sont désormais directement demandées par VNF qui instruit les dossiers et les transmet à l’agence de la transition écologique. Sur toute la France, ce programme a permis d’apporter plus de 180 millions d’euros d’aides entre 2011 et 2020. Mais l’Ademe mène également d’autres actions, hors PIA, par exemple sur la logistique innovante.

L’action de BPI France

Si les subventions peuvent, au total, être importantes, elles ne suffisent pas. En moyenne, elles peuvent représenter jusqu’à environ 60 % des changements de motorisation et 35 % des constructions de cale innovante, a estimé Joffrey Guyot. Le recours à des financements extérieurs est donc important. Les certificats d’énergie peuvent aussi, dans certains cas, représenter de 15 à 25 % des coûts d’investissement. Mais ce mécanisme est, paraît-il, peu utilisé dans le transport fluvial.

Benoit Calalayud, responsable sectorial transition écologique à BPI France, a de son côté présenté comment le plan climat de BPI France, conçu en partenariat avec la Banque des territoires, pouvait bénéficier au secteur fluvial. « Il se monte à 40 milliards d’euros et vise, notamment, à accompagner les entreprises vers la transition énergétique, et à financer des énergies renouvelables », a-t-il expliqué. Aider à la structuration de la filière hydrogène décarboné pour permettre la création d’un véritable écosystème local utilisant ce vecteur énergétique est donc un exemple de projet pour lequel BPI France peut consentir des financements.

Enfin, Guillaume Pepy, nouveau président d’Initiative France, a profité du webinaire pour annoncer le lancement d’un fonds national d’un million d’euros : il est porté par Initiative Seine Yvelines, déjà habituée à aider les créateurs et repreneurs du secteur. Désormais, tout entrepreneur qui crée ou reprend une entreprise liée au fluvial (transport de marchandise, activité touristique…) pourra bénéficier d’un prêt d’honneur complémentaire, d’un montant pouvant atteindre 75 000 euros.

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