A. Di Crescenzo (CCI France) : « Si l’on bouge trop fort le curseur dans ce pays, des entreprises vont mourir »

Le président de CCI France Alain Di Crescenzo s’est rendu mardi 9 juillet en Normandie près de Dieppe pour visiter le chantier du futur EPR2 de Penly. L’occasion de rappeler l’enjeu que constitue pour les entreprises la nécessité d’accéder à une énergie abondante et bon marché.

Alain Di Crescenzo, quel regard portez-vous sur la séquence électorale qui s’est ouverte avec la dissolution de l’Assemblée nationale ? Etes-vous inquiet pour les entreprises que vous représentez ?

Comme dirigeant d’entreprise, je m’interroge sur la faisabilité des mesures avancées pendant la campagne par les uns et les autres. Si l’on augmente les coûts sans augmenter les prix, ça ne marchera pas. Nous vivons depuis quelques années une situation de quasi-plein emploi dans laquelle les entreprises se font débaucher des collaborateurs pour des raisons essentiellement salariales. La réalité c’est que si elles avaient pu augmenter les salaires ces dernières années, elles l’auraient fait. Aujourd’hui, si l’on décide d’un grand programme d’augmentation des salaires, il faut des contreparties et l’on sait que les marges de manœuvre sont très faibles, que l’inflation ne baissera pas et que beaucoup de secteurs d’activité dépendent du niveau des taux d’intérêt.

Alain Di Crescenzo, président de CCI France. © Jas

Quel est aujourd’hui l’état d’esprit des dirigeants d’entreprises ?

L’indice de confiance des dirigeants que nous avons mis en place en 2015 est en chute libre : 83 % des chefs d’entreprises nous disent qu’ils vont regarder encore plus leurs coûts et ils sont mêmes 49 % à estimer que cela pourrait porter atteinte à la vie de leur entreprise. Nous sommes sur une trajectoire de près de 70 000 défaillances dans les deux ans qui viennent. Les PME et PMI sont épuisées après l’enchaînement de la crise des gilets jaunes, du Covid, de la guerre en Ukraine et ensuite de l’inflation. Elles sont prises entre deux mâchoires : l’augmentation des coûts et le fait qu’elles n’ont pas la possibilité d’augmenter leurs prix comme elles le souhaiteraient. Dans ce contexte, si l’on bouge trop fort le curseur dans ce pays, des entreprises vont mourir.

Vous plaidez également pour une électricité décarbonée, accessible et bon marché. Le nucléaire est-il pour vous incontournable ?

Pour sauver la France, il faut avoir la capacité de faire entrer des devises sur le territoire plutôt qu’à en sortir : pour cela il faut produire en France et le facteur déterminant, c’est l’énergie. Et dans ce pays on avait oublié que le coût de l’électricité était un facteur de compétitivité ! Aujourd’hui, l’électricité décarbonée est la base de la refondation économique du pays car l’industrie carbonée n’a pas de futur.

Les conditions de la réindustrialisation que beaucoup appellent de leurs vœux, sont-elles réunies, selon vous ?

Il ne faut pas se tromper : comment imagine-t-on la réindustrialisation du pays sans implanter d’usines ? A ce titre, il faut revoir le ZAN (zéro artificialisation nette) car on ne peut pas appliquer les mêmes règles sur des territoires différents. Ensuite, d’accord pour optimiser l’existant, nous y travaillons, mais il faudra un jour que le pays décide de ce qu’il veut faire.

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